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Le travail associatif face aux injonctions contradictoires

Michel Lulek

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Le travail associatif face aux injonctions contradictoires

© ©Jonathan Stutz - stock.adobe.com

Depuis 2014, Chorum réalise tous les trois ans une enquête sur la manière dont salariés et dirigeants de l’ESS perçoivent leur qualité de vie au travail. Les résultats de la dernière sont tombés en mai. La crise sanitaire et notamment le développement du télétravail ont ravivé certaines questions qu’il va falloir traiter.
 

En règle générale, les salariés de l’ESS sont satisfaits de leur travail. Ils sont 74% à le déclarer, un chiffre qui reste dans la moyenne des deux premiers baromètres (77 % en 2014 et 71 % en 2017). Du côté des dirigeants, c’est encore mieux : 86 %, même si on repère un tassement (91 % en 2014 et 89 % en 2017). Pourtant, la note de QVT que ces mêmes personnes attribuent à leur travail n’a rien de mirifique. Du côté des salariés, on plafonne à 6,2 (6,3 en 2014 et 6,1 en 2017) et du côté des dirigeants on baisse continûment : 7,4 en 2014, 7,2 en 2017 et 7 en 2020. Les associations se situent dans la moyenne avec une note de QVT de 6,3 du côté des salariés, un peu meilleure que les mutuelles et fondations (6) mais moins bonne que les coopératives (6,4) et les entreprises sociales (6,6). Quant aux dirigeants associatifs, ce sont les plus sévères avec une note de 7 contre 7,2 pour les entreprises sociales, 7,4 pour les fondations, 7,7 pour les coopératives et 7,8 pour les mutuelles. Des notes très moyennes surtout pour les salariés.

Déficit d’information

Si la clarté des objectifs fixés aux salariés progresse d’un baromètre à l’autre (84 % contre 79 % il y a 3 ans et 81 % il y a 6 ans), la connaissance des critères d’évaluation du travail effectué demeure floue pour 58 % d’entre eux. Mais là n’est pas le point le plus négatif. Pour la majorité des salariés, le principal facteur de dégradation de la QVT réside dans les changements d’organisation (regroupements, restructurations, fusions, etc.) qui ont affecté leurs structures. Seulement 49 % estiment avoir reçu des informations claires et suffisantes sur les raisons et encore moins (42 %) sur la mise en œuvre de ces changements. Du côté des dirigeants, même si 62 % estiment que les changements ont eu un impact positif sur le travail, ceux-ci perçoivent aussi un déficit d’informations. D’où ce chiffre inquiétant : seulement 42 % des salariés sont rassurés pour leur emploi suite aux changements.

Hyperconnexion

La crise sanitaire qui a généralisé pendant au moins deux mois le télétravail repose la question des frontières entre vie personnelle et vie professionnelle. Le baromètre a été réalisé en octobre et novembre 2019, avant la crise du coronavirus. Or il révélait déjà une « hyperconnexion » pouvant impacter les équilibres de vie, surtout du côté des dirigeants. 77 % se connectent souvent à leur ordinateur ou à leur téléphone pour des raisons professionnelles en dehors de leur temps de travail et même s’ils sont 62 % à estimer avoir trouvé un bon équilibre, ce chiffre s’est un peu tassé depuis trois ans. Et la crise sanitaire n’a pu qu’amplifier le phénomène comme le relève Jérôme Saddier, président d’ESS France lors d’une webconférence organisée par Chorum le 14 mai : « le télétravail est devenu la norme pendant cette période et cela impactera forcément l’avenir ».

-> A lire : Déconnexion numérique : les salariés associatifs y ont droit aussi

Situations intenables

La nécessité de réagir vite et dans une situation inédite a engendré une surcharge de travail et une fatigue pour l’encadrement. Phénomène déjà lisible dans le baromètre : ils sont 54 % à estimer effectuer une quantité de travail excessive ! Quant aux injonctions contradictoires auxquelles 22 % des dirigeants et 38 % des salariés disent être confrontés, elles ont été rendues encore plus criantes, générant d’après une autre enquête de Chorum auprès de ses membres des « situations intenables ». Par exemple : instituer une distance sociale là où il faut justement être proche ! La santé, physique mais surtout mentale, des professionnels a été mise à rude épreuve et les risques psychosociaux de la crise sont encore loin d’être mesurés.

Le corps trinque aussi

Un tiers de salariés de l’ESS doit faire des efforts physiques pour aider des personnes dépendantes, des enfants ou pour porter des charges ou du mobilier. Un chiffre en augmentation depuis 2014 (29 % à l’époque) qui se traduit par le constat suivant : 31 % disent ressentir des douleurs articulaires qui les gênent dans leur travail. Une situation qui touche aussi les dirigeants : 29 % doivent mettre leur corps à l’épreuve et 23 % en souffrent (des chiffres en constante augmentation depuis 6 ans).

Points sensibles

Comment maintenir le relationnel ou la convivialité dans une société confinée ? Comment gérer l’implication émotionnelle suscitée par ces situations extrêmes ? Des questions posées avec acuité par l’épidémie et le confinement, mais qui, en filigrane, étaient déjà largement posées par les réponses au baromètre. « Organisation du travail : plus rien ne sera comme avant ? » s’interrogeait Chorum en présentant les résultats. La réponse est claire : si la crise n’a rien révélé de totalement nouveau, elle a clairement exacerbé certains points déjà sensibles : télétravail, injonctions paradoxales, utilité sociale, hyperconnexion ou moyens insuffisants. Là se trouvent les chantiers qu’il faudra arpenter.

En savoir plus : lire les résultats du baromètre 2020

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