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Le bénévolat dopé par la crise

Michel Lulek
Le bénévolat dopé par la crise

© MclittleStock - stock.adobe.com

On aurait pu croire que la crise sanitaire et le ralentissement des activités associatives lors des deux confinements freineraient considérablement l’engagement bénévole. Il n’a, au contraire, jamais été stoppé. Pour certaines personnes, ce fut même l’occasion de s’engager !

Infirmière dans la région lyonnaise, Nathalie, 45 ans, a décidé d’agir bénévolement en dehors de son travail. D’abord, en apportant à domicile des médicaments à des personnes âgées trop stressées pour venir les chercher en pharmacie. Puis, en se lançant dès le premier confinement dans la fabrication de masques. Avec l’aide d’un de ses enfants, elle en a réalisé chaque jour environ trente-cinq, qu’elle donnait à ceux qui étaient dans l’incapacité d’en commander par internet. « Les gens étaient surpris que je leur en propose bénévolement, reconnaît Nathalie. En tout cas, cela crée des liens et pour moi, c’est très important. »

Beaucoup d'initiatives

Christine, 50 ans, vit à Marseille, à côté d’une maison de retraite. Elle a organisé une « mini-usine » de production de surblouses et autres vêtements de protection en mobilisant quinze couturières, qui ont travaillé chacune chez elles, ce qui l’a occupée à temps plein pendant le premier confinement. À Antony (Hauts-de-Seine), le lycée hôtelier, qui avait fermé ses portes aux élèves, a rouvert ses cuisines à l’association Rendez-leur le sourire dans le cadre du projet « cuisiner pour les hôpitaux ». Une trentaine de bénévoles se sont affairés trois jours par semaine à préparer des repas qu’une vingtaine d’autres bénévoles livraient aux soignants des hôpitaux de la région parisienne.

Parmi ces bénévoles, Alexandra, 25 ans, était en recherche d’emploi lorsqu’un membre de sa famille lui a parlé de ce projet. Une première expérience qui l’a emballée : « J’apprécie d’être dans une équipe, de réaliser des choses concrètes, d’approfondir mes connaissances en cuisine et de travailler en petit groupe dans une très bonne ambiance. Même si nous ne rencontrons pas les soignants, cela fait vraiment plaisir de les soutenir. »

La force du bénévolat

En Haute-Vienne, de jeunes makers disposant d’imprimantes 3D se sont mis à fabriquer des visières antiprojections. L’action, lancée par deux d’entre eux, a fédéré à vitesse grand V une communauté naissante de makers limousins, une cinquantaine, qui se sont retrouvés antenne du réseau national Makers contre le Covid. Une démarche décentralisée, solidaire, spontanée, autonome et répondant à une demande locale ! « La plupart des makers n’étaient pas reliés entre eux avant, raconte l’un des initiateurs, mais en quelques jours, ils ont su se retrouver et se mobiliser autour de cette action. C’est ça la force de la solidarité et du bénévolat ! Après cette expérience, on gardera le groupe actif pour de l’entraide, pour se dépanner ou partager nos objets. »

Le réflexe numérique restera

Tout le monde s’accorde pour dire que les deux confinements ont constitué un exercice massif d’initiation au numérique pour les associations et leurs bénévoles. « Même les plus âgés se sont mis à la visio, y compris pour des cours de gym, de danse ou pour des lectures », témoigne Suzel Chassefeire. « Désormais, prédit Pascal Loviconi, on dosera mieux le présentiel et la visio, et on se posera plus souvent la question de la meilleure solution. »

Élan de solidarité

Ces quatre témoignages illustrent la diversité des engagements bénévoles durant la crise sanitaire et confirment ce que Suzel Chassefeire, de la Chambre des associations, a constaté sur le terrain : « Les bénévoles étaient là, et ils ont fait preuve de beaucoup d’inventivité pour continuer à agir. » Dominique Thierry, de France Bénévolat, renchérit : « Le premier confinement a suscité une extraordinaire manifestation de solidarité.

Alors que 65 % des associations étaient à l’arrêt, les demandes de bénévolat affluaient. Comme à chaque fois qu’il y a une catastrophe, il y a un toujours un élan de solidarité… ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour l’humanité. » Même le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, le dit : « Les associations ont été en première ligne pour répondre à la détresse de nos concitoyens les plus vulnérables. Elles ont une fois de plus démontré leur capacité d’adaptation et leur réactivité dans l’élaboration de solutions concrètes, efficaces et ciblées. »

L'effet révélateur du Covid

« Le Covid a un effet révélateur. Il a souligné des questions qui étaient déjà posées au monde associatif, explique Pascal Loviconi, du cabinet Compétence bénévolat. Sur le bénévolat, l’engagement ne s’est pas toujours fait via les associations traditionnelles. Celles-ci peuvent paraître trop rigides, moins dynamiques sur le terrain. La question qui se pose pour le monde associatif, c’est celle de son attractivité pour des bénévoles pressés, volontaires et qui veulent rentrer vite dans le concret. »

Certaines associations ont constaté une baisse du nombre de leurs bénévoles. La présidente du Secours catholique parlait début novembre d’une baisse de 5 % pour sa structure. D’autres associations ont noté un désengagement, qu’elles espèrent temporaire, des seniors souvent inquiets pour leur santé face à une maladie qui les touche de plein fouet. « La question est maintenant de savoir comment on récupère ces « sortants », mais aussi comment on garde les nouveaux arrivés ! » résume Pascal Loviconi.

D’autant que le second confinement a donné comme un « coup de bourdon » selon l’expression de Dominique Thierry, avec une incertitude accrue pour l’avenir. « On croyait en être sortis, et on y retombe. Quand cela s’arrêtera-t-il ? Être confiné au printemps, ce n’est pas la même chose que de l’être à l’automne, confirme Suzel Chassefeire, on a peur que ça dure longtemps, et dans ce cas, le dynamisme bénévole observé au cours de la crise risque de se ralentir. Il faut de l’espoir ! »
 

Visionnez la table ronde « L’engagement à l’épreuve du Covid » organisée le 10 décembre 2020 dans le cadre des Rencontres nationales du RNMA 

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