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« Faire travailler ensemble associations et collectivités n’est pas évident »

Michel Lulek
« Faire travailler ensemble associations et collectivités n’est pas évident »

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Entretien avec Dominique Thierry, président d’honneur de France Bénévolat

Dans votre livre « La solidarité intergénérationnelle sur le terrain » vous parlez d’un écosystème de solidarité. Quel est-il ?

Ce dispositif est né d’un double constat. D’une part il y a beaucoup d’associations ou d’initiatives qui mettent la solidarité intergénérationnelle au cœur de leur projet. Nous en avons recensé plus de mille ! D’autre part, sur certains territoires, ces initiatives sont nombreuses mais souvent isolées et ne se connaissent même pas entre elles. Or la somme de bons projets ne fait pas un système. C’est l’enjeu des écosystèmes de solidarité intergénérationnelle : sur des territoires déterminés, mettre en relation les différents acteurs de la solidarité pour créer une dynamique partenariale et durable qui réunisse associations, collectivités, individus et tous les autres types d’acteurs. La question du vieillissement démographique a été le facteur déclenchant de cette idée, mais la solidarité intergénérationnelle n’est pas faite que pour les vieux. À travers des exemples de jardins partagés, d’activités de découverte de la nature pour les enfants, d’accompagnement des jeunes, on voit que toutes les tranches d’âge peuvent être concernées. De plus, parler des seniors comme si c’était une population unique sur 40 ans d’âge (de 60 à 100 ans !) n’a pas de sens. Il faut distinguer trois registres de solidarité et de bénévolat : le bénévolat par les seniors, le bénévolat avec les seniors et le bénévolat pour les seniors.

Comment avez-vous procédé ?

Nous avons sélectionné sept territoires pour expérimenter une démarche et établir une méthodologie reproductible ailleurs. Celle-ci repose sur six étapes : rédiger une monographie de base assez synthétique du territoire sur lequel on veut agir ; réaliser un inventaire et une analyse qualitative partagée des dispositifs et actions existantes ; enquêter auprès des habitants, en priorité les seniors, sur leurs besoins, leurs attentes et leurs rêves pour « bien vieillir dans leur territoire » ; identifier ensuite les actions prioritaires, les « chantiers » ; mettre en place un processus de pilotage dans lequel les seniors doivent eux-mêmes être impliqués ; et conduire une évaluation permanente permettant de rendre lisible ce qu’on fait, d’ajuster et de lancer de nouvelles actions si besoin. C’est cette démarche qui a été testée sur des territoires aussi variés qu’un quartier de Paris, une vallée en Normandie, une petite ville de Bretagne ou une ville du Nord.

Et cela fonctionne ?

À Paris, dans le quartier Pernety-Plaisance (14e arrondissement), autour d’une association, Le Moulin à café, a été créé un restaurant associatif. Il y a 800 adhérents, dont 18 associations, 60 bénévoles qui viennent en cuisine et 5 salariés. C’est un lieu qui rassemble des gens de tous âges et autour duquel se développent plein d’autres activités (sport, gymnastique, conférences, etc.). Il s’affiche clairement comme « un espace de vie sociale intergénérationnel et interculturel » (www.moulin-cafe.org). À Montreuil, en Seine-Saint-Denis, la bonne dimension a été le quartier. Le diagnostic nous a permis d’en cartographier 14. La dynamique a été créée avec la mairie (via le CCAS) et les associations. Une trentaine d’associations se sont réunies autour du projet, avec certaines d’entre elles particulièrement actives, des « associations vedettes » en un certain sens : Passage de mémoire qui fait recueillir la mémoire des anciens de la ville par des jeunes (www.passerelle-de-memoire.fr), Les Chlorophyliens, qui mènent des actions autour de la nutrition et de la cuisine ou encore un jardin partagé intergénérationnel. Place des Fêtes, à Paris, l’association L’accordage (www.laccordage.com) qui organise de la cohabitation intergénérationnelle, a élargi son projet et commence à constituer un réseau autour d’elle.

Quels sont les facteurs de réussite ?

Première condition : sortir d’une logique de silos pour adopter une logique de réseaux. Facile à dire, plus difficile à faire. Au niveau du discours tout le monde est d’accord, mais dans la pratique faire travailler ensemble associations et collectivités n’est pas évident dans un pays comme la France ! Seconde condition : adopter la bonne dimension du territoire – bassin de vie ou territoire d’actions. Ce peut être un quartier, la ville, un ensemble d’immeubles, etc. Il faut que le territoire soit à échelle humaine. Par exemple, à Paris, nous avons travaillé sur le quartier de la Place des Fêtes : 20 000 habitants, mais une forte identité et un certain sentiment d’appartenance. À Redon, en Bretagne, c’est une ville de 12 000 habitants. En Normandie, la vallée de l’Andelle (une vingtaine de communes rurales). L’essentiel c’est la proximité. Enfin il faut qu’il y ait un opérateur « chef de file », un « ensemblier » qui soit un peu leader dans la mise en place du système local. Ce peut être une collectivité ou une association qui, sans être décideur, a la mission d’animer et de fédérer autour du projet.

En savoir plus?:
 
- Dominique Thierry, «?La solidarité intergénérationnelle sur le terrain?», éditions l’Harmattan, 2019.

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