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Entre les jeunes et les associations c’est je t’aime, moi non plus

Michel Lulek

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Entre les jeunes et les associations c’est je t’aime, moi non plus

© M.studio / adobe-stock

Au moment où le Service national universel se met en place, une étude de France bénévolat montre que les jeunes sont très motivés par l’engagement collectif. Problème : celui-ci ne passe plus forcément par les associations, qui devront faire leur révolution culturelle pour les séduire.

Non, les jeunes ne tournent pas le dos au bénévolat. Non, les jeunes ne sont pas individualistes. Non, le numérique ne nuit pas à l’engagement.
 
C’est ce que révèle la dernière étude de France bénévolat qui permet de dresser, dix ans après une première enquête et grâce à trois autres menées avec l’Ifop en 2010, 2013 et 2016, un tableau évolutif de l’engagement des 15-35 ans :
 
Taux d’engagement associatif (en %)
  2010 2013 2016 Évolution 2010-2016
15-35 ans 16 20 21,3 +33,6
36-64 ans 21 22 23,3 +21,3
65 ans et + 38 36 34,6 -0,2
Total 23 24,5 25 +16,8
 
 

D’abord au sein des associations

Un sondage réalisé en avril 2018 pour l’Afev indiquait déjà que 7 jeunes sur 10 se disaient engagés même si plus de la moitié d’entre eux (52 %) pensaient, à tort, que leur génération ne l’était « plutôt pas ». Comme si, lorsqu’on parle de bénévolat, la perception était toujours plus pessimiste que la réalité… Pour la majorité de ces jeunes, l’engagement se concrétise d’abord au sein d’une association (39 %), ou auprès de personnes en dehors du cercle familial (38 %). Les autres types d’organisation (politique, religieuse, syndicale ou municipale) arrivent loin derrière avec un score de 11 % seulement. 
 
Un résultat qui n’étonne guère Dominique Thierry, président honoraire de France bénévolat qui a dirigé l’étude : « les jeunes ne croient plus du tout aux institutions. Leurs deux références, la famille et la solidarité, sont des références de proximité. Il ne s’agit pas de « changer le monde », comme dans les décennies d’après-guerre, mais de le rendre le plus vivable possible autour de soi. C’est un point d’alerte pour les associations ! Si elles sont perçues comme des institutions comme les autres, elles seront rejetées comme les autres ».
 
-> A voir : Qu'est-ce qui caractérise l'engagement des jeunes ? - Vidéo de DominiqueThierry

Un engagement ponctuel

Un second point, identifié depuis longtemps, se confirme. Quand on dit « projet », là où l’association entend « projet associatif », les jeunes répondent plutôt action : « Nous avons participé à une maraude » ou « nous avons nettoyé les caves inondées des voisins ». Une façon de s’engager ponctuelle qui désarçonne des associations habituées au long terme et qui est souvent critiquée en parlant de « zapping »… Une expression qui irrite France bénévolat : « c’est un terme souvent utilisé pour les jeunes qui est de fait un jugement de valeur à connotation péjorative. On peut être investi sur plusieurs projets ponctuels, y compris dans la même association ».
 
Certains ont su s’y adapter comme le Secours populaire qui a mis en place un fichier des bénévoles ponctuels : « ils sont très fidèles quand on fait appel à eux, par exemple pour l’opération les abandonnés des vacances ». Le succès d’un site comme Bénénova, qui fait appel à du bénévolat ponctuel sur des projets d’une demi-journée, s’explique également par cette prise en compte.
 
« Bien sûr, reconnaît Dominique Thierry, ceci ne règle pas la question de bénévoles plus permanents (« le squelette associatif » estimé à 2 ou 3 millions de bénévoles), ni celle du renouvellement des dirigeants associatifs, avec, en plus, la diminution du taux d’engagement chez les retraités ».

Une culture de l’immédiateté

Cette évolution est considérablement accentuée par l’utilisation du numérique, avec deux conséquences visibles : 
  • le renforcement de la culture de l’immédiateté (on fait immédiatement suite à une sollicitation des réseaux sociaux)
  • et la préférence pour le bénévolat direct ou des collectifs éphémères, sans passer par des projets associatifs institués.
 
La ville de Paris l’a très bien perçu en voyant évoluer le public qui s’adresse à sa vingtaine de maisons des associations. Cela s’est traduit dans le changement de leur nom qui, dans la capitale, est désormais Maison de la vie associative et citoyenne. Ce phénomène, qui peut de prime abord paraître négatif pour les associations structurées, peut cependant être abordé de manière positive : c’est une étape, un sas vers un engagement plus durable au sein d’une structure pérenne.
 
Si tant est que cette dernière l’ait compris en ne rebutant pas les candidats potentiels avec une organisation trop rigide ou trop hiérarchique. « Il y a en effet une large contradiction entre les modes de gouvernance des associations qui, comme les autres organisations, restent largement pyramidales et les formes d’engagement des jeunes. »

Une révolution culturelle à faire 

Un autre phénomène dont les associations ne semblent pas avoir tiré toutes les conséquences réside dans la contradiction entre « faire pour » et « faire ensemble ». Elles raisonnent souvent en termes de « missions individuelles » avec des formulations parfois proches de postes de travail, alors que les jeunes raisonnent « projets collectifs »
 
Pour Dominique Thierry, « il y a là une vraie révolution culturelle à accomplir, à peine amorcée ». On peut faire encore mieux en accueillant des projets en lien avec l’objet de l’association, celle-ci s’engageant à aider les jeunes à le mettre en œuvre. « Une fois le projet identifié et formulé, il n’y a aucun problème pour développer des logiques de coopération intergénérationnelle. Les jeunes sont en réalité très demandeurs de parrainage d’adultes, sous réserve, bien sûr, de postures de bienveillance et d’accompagnement, et pas d’autorité. »

L’enjeu du SNU

Dans ce contexte, le mois obligatoire de Service national universel dont l’objectif est de « développer une culture de l’engagement » pourra-t-il être à la hauteur ? 
 
15 jours en hébergement collectif avec des jeunes de la même classe d’âge autour de 16 ans, puis 15 jours auxquels des associations pourront être associées… Comment faire en sorte de ne pas reproduire les écueils relevés par l’étude de France bénévolat et de répondre aux attentes des jeunes ?
 
La suppression du poste de Haut-commissaire à l’engagement civique occupé depuis trois ans par Yannick Blanc ne paraît pas, dans ce contexte, un signal très positif pour amorcer cette réflexion. 
 
 
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