Date de mise en ligne : 24/05/2011.
Edito
En Creuse, dans le village de Flayat,s'est tenu le samedi 15 mai une réunion regroupant des bénévoles venus de toute la région Limousin ainsi que leurs différents partenaires publics ou privés pour échanger sur l'avenir du bénévolat. Il est intéressant de voir que certains participants n'ont pas hésités à faire quatre heures de voiture aller-retour pour y assister, preuve d'une grande motivation.
Le samedi 14 mars se sont déroulées à Flayat (Creuse) les premières rencontres régionales du bénévolat associatif. Ateliers, stands et débats ont permis d'aborder la question du bénévolat sous différents angles, à la fois très généraux, au travers d'une approche parfois politique ou philosophique, et de manière très concrète avec des questions (et des réponses) très pratiques. La journée était introduite par une conférence de le sociologue Dan Ferrand-Bechmann du Cesol.
Après la conférence de Dan Ferrand-Bechmann, comme au moment du compte-rendu des six ateliers qui se sont déroulés au cours de la journée, un certain nombre de questions, souvent appuyées sur les témoignages concrets des associations présentes, ont montré que la question du bénévolat associatif touchait de façon transversale les problématiques associatives. Tirer le fil du bénévolat c'est aborder des questions comme la gouvernance associative au sens large, ou la place des associations dans la vie de la cité.
Individu et collectif
Le bénévolat est à l'interface de l'individu et du collectif. Par principe le bénévole est un individu libre qui décide seul de s'engager sur un projet. Contrairement au salarié, il n'est pas contraint, il n'obéit pas à un décideur qui lui est extérieur. Le bénévolat en ce sens est bien un « engagement de soi » pour reprendre une expression employée par l'animateur du CPIE du Pays Creusois, qui relie néanmoins cet engagement personnel (qui permet souvent un « développement personnel), à ce qu'il constate être au final un « développement collectif » : « Le bénévolat et la vie associative ont un rôle sur la vie politique et permettent d'aller au-delà du vote. » On est effectivement loin du « plaisir personnel » qui pousse une personne à s'engager bénévolement et l'on peut même considérer le bénévolat comme un mode d'action politique. Encore faudrait-il nuancer. N'abondant que partiellement aux propos de Dan Ferrand-Bechmann, Patrick Leresteux, président de la CPCA Limousin, aurait de ce point de vue un avis plus tranché : il voit le bénévole et le militant comme deux figures du fonctionnement global de la société, le premier s'inscrivant dans une « légitimité républicaine » où l'on s'accomode de la société telle qu'elle est, le second, dans une visée plus « démocratique », s'inscrivant dans un projet de transformation sociale. Discussion sémantique, que peut également venir compliquer les comparaisons internationales (dans les pays anglo-saxons on parle plutôt de volunteer).
Consommateurs ou acteurs ?
La liaison du bénévolat avec l'action sur la société se voit également dans les actions de représentation ou de défense que mènent de nombreux bénévoles dans des champs très variés. Le Collectif interassociatif (CISS) des usagers de la santé du Limousin, qui regroupe une quarantaine d'associations, mobilise de nombreux bénévoles - leur travail est chiffré à 6 000 heures chaque année ! Pour sa représentante, « l'usager doit être un acteur actif de santé publique ». C'est, aux yeux de Dan Ferrand-Bechmann un bon exemple de bénévolat militant avec une visée politique, puisque comme le rappelle sa représentante le Collectif a aussi pour objet de faire des propositions pour faire évoluer la législation. En se posant comme acteurs, ces bénévoles se différencient ainsi radicalement des usagers que l'on pourrait qualifier éventuellement de simples consommateurs. Le cas de l'Agardom, grosse association de services à la personne, en serait en quelque sorte l'antithèse : 300 salariés, des centaines de « bénéficiaires » dont l'adhésion à l'association est le passage symbolique et obligé pour pouvoir profiter de ses services... mais un petit noyau d'une dizaine de bénévoles seulement qui constitue le conseil d'administration. « Une association avec une petite tête (le CA) et un gros corps (les centaines de salariés) » dont le modèle est à peu près l'opposé de beaucoup d'autres associations qui, comme le dit ironiquement le président de Pays Sage, ont plutôt « une grosse tête (pas mal de bénévoles) et un tout petit corps (1 ou 2 salariés) ».
Adhérent ou bénévole, une question de gouvernance
Ces deux modèles se traduisent bien évidemment par des modes de gouvernance très différents. La visée démocratique ne peut être la même lorsque tout le pouvoir est surtout détenu par un petit groupe d'administrateurs, ou lorsque, comme dans le cas de l'association Court-Circuit de Felletin, association sans président, les responsabilités sont partagées entre bénévoles et salariés, l'équipe de ces derniers n'ayant pas de directeur. « Cela permet un apprentissage des responsabilités » aux yeux du représentant de Court-Circuit. Un modèle qui, dans le cas d'une autre association présente, implique la participation des salariés à la gestion de l'association par leur présence au sein du conseil d'administration. « Il ne faut pas dissocier autant que nous le faisons, témoigne Philippe Lafrique, co-président de l'Espace Alain Fauriaux, le monde bénévole et le monde des salariés : il y a un ensemble. » C'est ici la question des espaces de concertation qui est posée. C'est aussi celle du poids que l'association peut peser face à ses partenaires et ses financeurs. Une association qui a 10 bénévoles n'a bien évidemment pas du tout le même poids qu'une association qui en a 1000 !
Bénévoles et élus politiques : vers la co-responsabilité ?
Il y avait des élus dans la salle, dont certains venus du monde associatif, itinéraire classique comme le rappelait Dan Ferrand-Bechmann. C'est le cas de David Daroussin, adjoint au maire de Felletin qui posait la question de la « co-responsabilité » du monde associatif et du monde politique sur un certain nombre de sujets. « Il faut s'appuyer sur le dynamisme et l'imagination des citoyens et des associations et faire en sorte qu'il y ait moins de frontières entre ces deux espaces. » Le bénévolat jouerait ainsi un rôle d'aiguillon, de proposition, de suggestion, d'innovation, « d'agitation des consciences » pour reprendre une expression de David Daroussin.
Gratuité... jusqu'où ?
Le bénévolat, la chose était clairement établie dès le début de la journée dans l'intervention de Dan Ferrand-Bechmann, c'est la gratuité. Pourtant, on l'a bien vu dans les débats qui ont agité l'atelier sur la valorisation du bénévolat, le temps (même bénévole) c'est de l'argent ! La question était également posée dans le sixième atelier sur « l'indemnisation » du bénévolat. Une approche qui brouille les cartes, les frontières et les définitions. L'existence depuis plusieurs années d'un statut de volontaire accentue cette confusion. Entre une radicale gratuité et la prise en compte partielle de défraiements (tout à fait autorisée, et même conseillée si elle permet à des personnes à faibles revenus de s'investir dans la vie associative) ou d'indemnisations (particulièrement développée dans le secteur sportif), le bénévole est loin d'être dans une situation claire et univoque. Tandis que certains refusaient de mêler argent et bénévolat, d'autres ont rappelé sans être contredit qu'en réalité, être bénévole « coûtait de l'argent ». Le débat montrait que le bénévolat était quelque chose de beaucoup plus complexe que pourrait le laisser croire dans un premier temps une approche superficielle. De ce point de vue, les rencontres de Flayat ont montré une diversité de formules, de modèles et de positionnements qui, sans épuiser le débat, témoignent de la richesse des pratiques des associations du territoire.
QUELQUES PROPOSITIONS :
Concertation : Les associations devraient pouvoir être plus présentes dans les instances de gestion de la cité (voir l'exemple des associations de malades). Cela implique de leur part un effort de mobilisation et de formation technique de leurs bénévoles et de la part des interlocuteurs publics une ouverture plus large des instances de concertation à la présence associative.
Gouvernance : Les associations ont un gros travail à faire pour mettre en place des solutions , co-présidence, co-gestion, mise en place de commissions, prise en compte de la parole des bénévoles, permettant une meilleure appropriation par les bénévoles de leurs associations. La DRJSCS pourrait être un vecteur d'évolution en favorisant l'échange de bonnes pratiques en ce domaine.
Formation : créer un catalogue concerté plutôt que des initiatives isolées, proposer des formations mixtes salariés-bénévoles qui répondraient à une spécificité associative : nécessité de coordonner les Opca et le cdva.
Indemnisation : pourquoi ne pas réfléchir à un système d'indemnisation plus ouvert (sur le modèle des indemnités des élus de collectivités locales), pour ouvrir la vie associative aux personnes ayant des bas revenus.
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