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L'économie collaborative : menace et opportunité

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Dans un subtil mélange des genres, l'économie dite collaborative empiète sur le champ du partage et de l'échange jusque-là réservé au monde associatif. Mais les finalités sont loin d'être les mêmes et les associations ont tout à gagner à promouvoir leur propre modèle. Certaines le font déjà avec succès.

Il est un temps pas si lointain où les choses pouvaient encore paraître
simples : d'un côté l'économie marchande, celle des entreprises, de l'autre
l'économie non marchande, celle des associations. Même si cette vision des choses était un peu caricaturale, elle constituait une grille de lecture qui séparait bien ce qui relevait dans notre société de la recherche du profit et ce qui relevait au contraire d'une démarche non lucrative (« un but autre que de partager des bénéfices » avait écrit le législateur en 1901). Cela n'empêchait pas des entreprises de revendiquer une démarche d'intérêt général, ni des associations d'afficher de véritables démarches entrepreneuriales. Des ponts étaient même jetés entre les deux mondes avec le développement de la responsabilité sociale des entreprises et la
recherche de nouveaux financements par les associations.


Et Uber arriva
Et puis, il y a eu l'arrivée d'Uber, et de manière plus générale de ce qu'on appelle l'économie collaborative, qui, jouant d'une certaine confusion intellectuelle, pouvait laisser croire que le travail et l'économie étaient en train de se réinventer dans un élan consensuel et productif de démocratie, de participation et... de bonnes affaires ! Du côté du monde associatif et de l'économie sociale et solidaire, on a tout de suite été méfiant, car au-delà d'un vernis sympathique d'horizontalité et d'autonomie, c'est bien les valeurs défendues qui ne sont clairement pas les mêmes.

C'est Hugues Sibille, banquier et président du Labo de l'ESS, qui, un des premiers, est monté au créneau. En pleine guerre des taxis, il publie le 20 juillet 2015 une tribune intitulée « Ne laissons pas l'économie collaborative au capitalisme sauvage » : « Supprimer les intermédiaires ne veut pas dire mettre en commun la valeur créée [...] Chez Uber, les résultats repartent dans la Silicon Valley après un passage par les Bermudes pour échapper à l'impôt ». Et pour que les choses soient claires il met les points sur les i : « La « communauté » de l'économie collaborative numérique n'a aucun pouvoir sur l'entreprise. C'est une communauté virtuelle d'usagers, sans véritables liens entre eux et surtout sans liens de pouvoir ou juridiques sur l'entreprise.

Faire partie de la communauté des « hôtes » Airbnb, c'est comme être clientde Leroy Merlin avec une carte de fidélité, rien de plus ». Et le banquier d'asséner les choses : « Il faut se rappeler que la finalité d'Airbnb, ce n'est pas de mettre en relation un jeune Parisien et un jeune New-Yorkais. Sa finalité, c'est de gagner du fric ».


L'importance de l'associativité
Dans son dernier livre La Contre société (Les Liens qui libèrent, 2016), le sociologue Roger Sue explique que « le succès phénoménal de cette économie collaborative est tel que l'on en vient à minimiser l'économie des associations elles-mêmes. Si le même lien social d'association les inspire, on ne saurait les confondre.

Les associations sont des organisations plus axées sur les services à la personne, reposant à la fois sur le salariat, le volontariat et l'engagement bénévole. Mais surtout, plus conscientes de l'importance de l'associativité dans la société, elles proposent des actions collectives, une représentation de la société civile et une force de négociation avec les pouvoirs publics. En ce sens [...] ce sont d'abord des acteurs sociopolitiques ».

Il y avait donc de quoi être stupéfait, lors du dernier Forum national des associations et fondations à Paris, le 19 octobre 2016, d'assister à une conférence intitulée « Secteur associatif et ubérisation : comment faire d'une menace une opportunité ? » où, à aucun moment, une analyse politique n'était faite... (y compris par un ministre dont on pouvait penser que c'était justement le rôle !)...

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Associations mode d'emploi numéro 184 (Décembre 2016)