![]() |
InterviewLa question taraude en permanence le monde associatif : son autonomie est-elle possible face à des collectivités publiques qui assurent sa survie financière ? Pour Henri Busnel, la connaissance partagée des situations et des enjeux est une voie pour construire de nouveaux équilibres. La Lettre du Cadre Territorial numéro 433 (1er décembre 2011) |
Un article de M Stéphane Menu
Télécharger cet article en PDF
Henri Busnel baigne dans le milieu associatif depuis près de 40 ans. Il est délégué national du RNMA (Réseau national des maisons des associations). Il travaille régulièrement avec des responsables associatifs et avec les collectivités locales à l'amélioration des modes de partenariat.
C'est la question centrale, celle qui pose le cadre de la clarté des rapports entre les associations et les pouvoirs publics. Il ne faut pas confondre autonomie et indépendance. En versant une subvention, le politique peut ressentir une forme de pouvoir sur l'association. D'où l'importance de l'autonomie associative, dont l'objectif est de mettre les associations en capacité de réaliser leurs projets, avec ou sans convergence avec le pouvoir politique.
...de cette quadrature du cercle ?
Dans le schéma classique, l'association sollicite une subvention parce qu'elle est à l'initiative d'un projet d'intérêt général. De plus en plus, cet ordre est inversé puisque les collectivités ou l'État lancent un appel à projet qui correspond ou pas à ce que font les associations. Il se produit une forme d'instrumentalisation réciproque, qui n'est pas toujours vécue négativement d'ailleurs. Mais un véritable brouillage s'installe : qui est à l'initiative ?
Ce lien organique entre politique et association n'a rien de dramatique, sauf si une crise se produit, par exemple si la mission associative n'est pas estimée performante. On a souvent du mal à évaluer l'intervention associative à partir d'éléments concrets et partagés. On navigue à vue dans l'implicite. On s'approche de l'explicite à partir du moment où l'évaluation de l'action repose sur un socle reconnu de tous, en veillant à ne pas prendre en compte uniquement le quantitatif, comme le font trop souvent les financeurs, mais aussi le qualitatif.
Le gâteau financier à partager est de plus en plus petit et les parts se réduisent parce qu'en même temps, les associations deviennent plus nombreuses. Les collectivités ont tendance à choisir comme partenaires les associations estimées les plus performantes. Mais il faut aller au-delà de cette question de robinetterie financière. L'ouverture à trouver est dans le développement d'une culture commune. Je suis souvent amené à faire des formations sur les problématiques associatives. Je suis frappé par le fait que les associations ne se connaissent pas entre elles et que les élus ont une perception assez vague du tissu et de l'offre associative sur leur territoire. Dans l'atomisation du tissu associatif, on a du mal à discerner les points de convergence entre les projets en place. D'où l'importance de cette connaissance, je dirais même de cette interconnaissance, qui constitue à mon sens le socle de l'autonomie. La création d'observatoires sur les territoires doit permettre de mieux cerner les dynamiques de proximité.
L'un des grands manques reste le jeu collectif entre associations. L'élu municipal et le responsable d'association entrent dans une relation très individualisée, notamment quand il s'agit de grosses associations. Au niveau local, il manque souvent un lieu de développement des initiatives collectives. Or, le secteur associatif s'en sortira par le haut s'il apprend à jouer collectif.
Oui, des concertations inter-associatives fonctionnent ou sont en train d'émerger, parfois autour de maisons des associations. Certaines sont allées vers des conseils locaux de la vie associative, comme à Aubagne (Bouches-du-Rhône), Chaumont (Haute-Marne) ou encore Blain (Loire-Atlantique). La concertation entre associations ne doit pas se limiter aux démarches dites « de démocratie participative », qui servent parfois à se donner bonne conscience. Les collectivités ont compris dans ces villes que la présence de corps intermédiaires autonomes était indispensable.
Dans une ville de 120 000 habitants, il y a en moyenne 160 nouvelles associations qui naissent chaque année. Il n'y a pas de crise du bénévolat mais une difficulté d'accès aux responsabilités. Chacun doit être en mesure de défendre son projet, de légitimer sa place par rapport à son propre engagement citoyen. Au sein du Réseau national des maisons des associations, nous travaillons avec Viviane Tchernonog pour faire ressortir les grandes tendances au sein du monde associatif et appréhender ce qui peut bouger. On forme souvent les responsables associatifs à la prévention des risques. Mais on n'aborde pas assez la question de l'accès aux responsabilités des bénévoles. On compte peu d'ouvriers, peu de jeunes, peu de femmes au poste de responsabilité. Nous avons tendance à reproduire les mêmes tendances que nous critiquons dans la société.
À l'évidence, l'impact des projets est réel sur la société. Encore faut-il disposer des moyens et du temps pour le mettre en valeur. Prenons le cas des associations œuvrant dans le domaine de la politique de la ville. Elles font le plus souvent un travail digne d'intérêt mais elles n'ont pas le temps d'en assurer la promotion parce qu'elles croulent sous les dossiers administratifs. Elles doivent devenir productrices d'informations, d'interpellations, de sens. Si elles passent leur temps à se lamenter, à dire que tout va mal, elles n'apportent pas la plus-value que leurs projets incarnent. C'est par le « porter à connaissance » que les associations se légitimeront.
Repenser leur politique de soutien au secteur associatif : beaucoup de collectivités y songent. Guichet unique, mutualisation des locaux, critérisation des subventions, autant de chantiers à ne pas rater. Si s'inspirer des exemples des collectivités ayant conduit cette démarche est une bonne chose, il faut avant tout bien réfléchir à ses propres orientations.
Obtenez un exemplaire sur simple demande auprès de marie-aurelie.colpin@territorial.fr
Retrouvez tous nos articles et nos ressources documentaires classées par thème sur www.ame1901.fr
combien de temps garder les papiers association emploi association plan comptable association associations Association subvention association comptabilite des associations siret association association mode d emploi numero siret association status association ame1901 reglement interieur association associations loi 1901 dons aux associations don association