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Association mode d'emploi > Actualité associative > « Posons systématiquement la question de l'égalité »

« Posons systématiquement la question de l'égalité »

Leader

Muriel Sam-Giao est directrice de l'administration et de la sécurité juridique du conseil général de Gironde. Secrétaire générale de l'Association des administrateurs territoriaux (AATF), elle a coordonné le rapport sur « l'accès des femmes aux postes de direction générale des grandes collectivités ».

Sur ce thème, participez à notre débat "Faut-il imposer la parité pour les postes à responsabilité des collectivités ?"

La Lettre du Cadre Territorial numéro 419 (1er avril 2011)

Un article de M Jean-Christophe Poirot


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Quel constat faites-vous sur la situation actuelle de l'accès des femmes aux postes de direction générale dans les grandes collectivités ?

Elle peut se résumer en une phrase : les femmes sont considérablement sous- représentées au sommet de la pyramide administrative des grandes collectivités. Elles représentent moins de 10 % des DGS et moins de 25 % des DGA. De plus, la comparaison entre leur place aux différents niveaux de responsabilité et leur proportion dans le « vivier » pour occuper ces fonctions montre qu'elles se heurtent non pas à un, mais à plusieurs plafonds de verre, qui s'enchaînent et se cumulent : accès aux cadres d'emplois A +, accès aux postes de DGA, accès aux « grandes DGA », puis accès aux postes de DGS en particulier des plus grosses collectivités (1).


Vous rappelez qu'elle ne pourra se faire sans les hommes...

Les femmes ne sont pas une minorité que l'on pourrait inclure dans une politique plus vaste dédiée à la diversité. La question de l'égalité doit être traitée de façon spécifique, transversale et systématique. À la manière de l'Agenda 21, la logique est de poser, pour chaque action, la question du genre et de l'égalité. La parité est une exigence qui joue dans les deux sens, et elle ne pourra effectivement se faire contre les hommes ou sans eux. Prenons le cas de ceux qui souhaiteraient se rendre disponibles pour s'impliquer davantage pour leur famille, leurs loisirs ou au sein une association, et que l'on regarde de travers quand ils sollicitent un temps partiel ou un congé parental. Ils auraient eux aussi à gagner d'un traitement strictement identique à celui de leurs collègues femmes.


Le rapport fait 15 propositions, dont celle de mesurer les inégalités et les rendre visibles. Pourquoi ?

Si le débat sur l'égalité professionnelle est aujourd'hui parvenu à un certain degré de maturité, certains continuent de penser - parfois sincèrement - que la question ne se pose pas... la FPT étant par nature égalitaire, statut oblige. D'autres, sans oser affirmer leur opposition, sont debout sur les freins... Le fait d'intégrer dans le bilan social de chaque collectivité des indicateurs comme le pourcentage de femmes à des postes de direction, les écarts moyens de rémunération, etc., puis de diffuser largement ces données facilitera la prise de conscience et l'objectivation du débat. Cela étant, le préalable incontournable à toute évolution est bien sûr la volonté politique de nos élus.


En matière de politique RH, que préconisez-vous ?

Nous proposons par exemple d'imposer pour chaque recrutement, quel que soit le métier, d'avoir des candidats des deux sexes - cela obligerait à aller chercher des candidats du genre manquant - et de systématiser la composition paritaire des jurys. Nous préconisons également la fixation d'objectifs - en matière de promotion interne par exemple - accompagnée d'une obligation de résultat. De manière plus individuelle, nous recommandons d'identifier et soutenir les femmes capables d'occuper des postes de DG : tutorat, coaching, accès aux réseaux stratégiques. On pourrait également expérimenter la contractualisation sur la durée des parcours de cadres en proposant des postes adaptés aux différents moments de la vie personnelle : par exemple, un poste avec moins de déplacements ou de contraintes lorsque la personne a un jeune enfant, avec une garantie ensuite d'un poste plus important lorsque sa disponibilité s'accroît.


Vous appelez à un changement de culture managériale. Que voulez-vous dire ?

La promotion de l'égalité passe par un renversement du système de valeurs. La culture du présentéisme, toujours dominante dans les collectivités, veut qu'un « bon cadre » soit celui qui arrive tôt le matin et parte tard le soir. Et si rester tard était au contraire un signe d'inefficacité ? Et si, plutôt que de valoriser le présentéisme, on valorisait les qualités d'organisation et d'adaptation des mères et des pères de famille ? À l'heure où l'on parle de management par objectifs, on doit se souvenir que le but c'est d'atteindre les dits objectifs, pas de « passer du temps ».

1. Étude de Bruno Vincent (INET) sur l'accès des femmes aux emplois fonctionnels des grandes collectivités, La lettre du cadre territorial n° 409, 15 octobre 2010.