www.associationmodeemploi.fr www.associationmodeemploi.fr www.associationmodeemploi.fr

Association mode d'emploi

 

newsletter associative

 

 

annuaire associatif

 
Association mode d'emploi > Actualité associative > Culture et collectivités : la crise continue

Culture et collectivités : la crise continue

La lettre numérique

Les collectivités n'ont plus de marges de manoeuvre en matière culturelle selon François Deschamps, le président de l'association nationale Culture et Départements. Baisse des budgets et des effectifs vont donc se poursuivre en 2011. Mais la réforme des collectivités locales ne lui paraît pas une menace supplémentaire.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 414 (15 janvier 2011)

Un article de M Henri Colomb


Télécharger cet article en PDF

La crise économique est maintenant ancrée dans le paysage français depuis plus de deux ans. Qu'est-ce que cela change dans la politique culturelle des collectivités locales ?

La spécificité des politiques culturelles des collectivités est qu'elles dépendent de compétences qui, pour beaucoup, ne sont obligatoires pour personne. Les collectivités peuvent donc tout faire ou ne rien faire. C'est un problème de volonté politique et de moyens budgétaires.

Il y a eu un engouement pour les politiques culturelles et un développement fort depuis le début des années soixante-dix. Aujourd'hui, avec la crise financière, ce domaine de l'action publique en est fragilisé. Il faut dire aussi que les acteurs culturels n'ont pas forcément souhaité qu'il y ait beaucoup de lois et de normes encadrant le secteur culturel. Aujourd'hui ça se retourne un peu contre eux, d'où une crise de ce domaine qui va au delà des autres secteurs.


En termes de budgets ou d'effectifs, quelle est la tendance générale aujourd'hui ?

Depuis deux ans, ça baisse, surtout en 2010, et ça se poursuit en 2011. Un peu moins dans les départements parce que c'est une année électorale. Mais on a pu voir l'an dernier des baisses dans une fourchette de -5 à -20, voire -25%. Cela touche les départements en premier lieu, à cause des difficultés liées à des transferts de charge de l'Etat, mais les régions n'ont plus de marges de man½uvres non plus, et les villes ont des budgets qui stagnent.

Pour les agents, on n'en est pas encore dans les collectivités à un départ en retraite sur deux non remplacé, mais cela commence. On nous demande d'examiner chaque cas de fonctionnaire qui part à la retraite ou est muté pour voir si le poste doit être remplacé, s'il peut être mutualisé, ou externalisé. C'est globalement ennuyeux en terme de management, mais ça oblige à un certain nombre de remises en question, parfois douloureuses...


Les acteurs culturels doivent souvent faire la tournée des subventions auprès de la ville, du département, de la région, de l'Etat... La crise n'est-elle pas l'occasion de remettre à plat l'organisation de la culture en France ?

Contrairement à d'autres domaines de l'action publique, je suis de ceux qui pensent qu'en matière culturelle, les financements croisés sont plutôt un bien. Pour deux raisons. La première c'est que les équipements culturels, salles de spectacles, bibliothèques intercommunales, équipements muséographiques , sont toujours trop chers, notamment dans les villes qui ne sont pas de grandes villes.

Et en général quand il y a une aide de la DRAC, de la Région ou du Département, cela a un effet de levier et cela entraine les élus locaux à faire des investissements d'avenir en matière culturelle.

En matière d'aides aux associations culturelles, aux créateurs et diffuseurs, c'est aussi une garantie d'indépendance et le fait de ne pas dépendre d'un seul financeur garantit une liberté plus forte, chère au milieu culturel.


La mise en place des conseillers territoriaux ne risque-t-elle pas d'amener ensuite une fusion des services et des budgets, et donc leur baisse ?

Il faudrait distinguer les grandes et les petites régions. Dans les grandes régions comme Rhône-Alpes, les élus vont être beaucoup sur les routes et moins dans les circonscriptions. Cela va poser un réel problème de disponibilité des conseillers territoriaux. Cela va peut-être renforcer le pouvoir des fonctionnaires, ce qui peut être une mauvaise chose. Mais les départements vont rester. En Rhône-Alpes par exemple il serait impensable de tout gérer depuis Lyon.

Par contre en termes de politiques sectorielles, il peut y avoir des velléités d'homogénéisation, dont on peut espérer que le nivellement se fasse par le haut plutôt que par le bas. L'avenir le dira. Mais je ne pense pas que ce sera mécanique et qu'il y aura , dans un premier temps en tout cas , des fusions de services. En raison des distances tout simplement.


L'irruption du numérique dans tous les secteurs culturels va-t-elle changer la façon de travailler des collectivités ?

On a une influence de plus en plus importante des industries culturelles via les nouvelles technologies. Les citoyens passent de plus en plus de temps devant leur écran, avec des effets intéressants sur le développement de la créativité, mais aussi avec un risque d'individualisation des pratiques, alors que la culture c'est aussi l'échange et la rencontre collective. Il y a donc toute une réflexion à avoir sur comment les politiques culturelles se refondent en fonction de ces éléments nouveaux : le poids du privé par rapport au public, les technologies, l'Europe aussi...


Sentez-vous une baisse de fréquentation des équipements culturels ?

Curieusement non. Sauf pour les bibliothèques, mais justement c'est lié à internet et au livre électronique qui commence à se développer. Mais les salles de spectacles, les concerts, les festivals, les musées, les grandes expositions, ont toujours des fréquentations très importantes.

Par contre les dernières enquêtes sur la sociologie des publics montrent que la démocratisation de la culture par les aides publiques a ses limites : les gens qui vont au spectacle y vont de plus en plus, mais on n'a pas élargi énormément la palette sociologique des publics. Cela montre qu'il ne faut pas se concentrer sur la question des équipements mais beaucoup plus sur les projets : l'art dans l'espace public, l'éducation artistique dans les établissements scolaires ou les maisons de retraite... et pas se concentrer uniquement sur les grandes cathédrales culturelles.


Mini CV

François Deschamps est président de l'association nationale « Culture et Départements », mais aussi membre du CLIDAC (Comité de liaison des directeurs d'affaires culturelles des collectivités) qui réunit des responsables des affaires culturelles de villes, de départements et de régions. A titre professionnel, il est directeur des affaires culturelles du Conseil général de Haute-Savoie.


A découvrir, pour aider à la mise en ½uvre intellectuelle et pratique de projets culturels, le classeur Diriger un service des affaires culturelles.