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InterviewEn quelques années, le développement durable est devenu incontournable pour les territoires. Pour Pierre Chapuy, responsable du cours portant sur les relations entre le développement durable, les entreprises et les territoires au Conservatoire national des Arts et Métiers, il devient d'autant plus important d'utiliser la prospective comme un outil central au service d'un approfondissement et d'un renouvellement de la réflexion des acteurs publics et privés. La Lettre du Cadre Territorial numéro 387 (1er octobre 2009) |
Un article de M Nicolas Braemer
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Pierre Chapuy est directeur d'études, associé au GERPA, société d'études dans le domaine de l'accompagnement de démarches prospectives. Il est professeur associé à la Chaire de prospective stratégique du Conservatoire national des Arts et Métiers à Paris, et enseigne le cours intitulé « Prospective de l'environnement, développement durable et stratégie d'entreprise ».
La notion de développement durable joue un rôle croissant et de plus en plus central dans la réflexion sur le développement économique et social des territoires. Quelques années après le rapport au Club de Rome qui, au début des années soixante-dix, s'est interrogé sur l'avenir des ressources naturelles planétaires, le rapport rédigé en 1987 dans le cadre des Nations Unies sur « l'environnement et le développement », le fameux rapport Brundtland, indique qu'un développement durable est un développement « qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire leurs propres besoins ».
Il s'agit donc de penser ensemble les fameux trois piliers du développement durable que sont la préservation de l'environnement, la croissance économique et le développement social, dans une vision globale de court comme de moyen et de long - voire très long - terme. Il s'agit aussi, cela a été rappelé lors de la Conférence de Rio organisée en 1992, d'être « particulièrement attentif aux intérêts des populations les plus défavorisées ».
Plus concrètement aujourd'hui, dans les travaux sur l'avenir des territoires, les réflexions relatives aux transports collectifs, à l'habitat et notamment l'habitat social, à l'emploi, au développement des quartiers sensibles, à la protection des terres agricoles, à la préservation des milieux naturels,... sont des sujets clés qui sont profondément impactés par la notion de développement durable. À une échelle plus fine, et notamment dans les zones urbaines, le développement durable vient également modifier la façon de concevoir, de planifier et de mettre en ½uvre de nombreux projets : éco-quartiers, transports collectifs en mode doux, bâtiments à énergie « positive », production d'énergies renouvelables... Le développement durable est enfin la source de réflexions nouvelles comme les agendas 21 locaux, les plans climats territoriaux,...
Ce nouveau regard, ce nouveau « paradigme » d'analyse du développement, vient ainsi profondément renouveler les approches et les perspectives d'avenir : contraintes certes, mais aussi opportunités nouvelles de croissance, d'innovations de toutes natures (économiques, sociales, environnementales...), ainsi que de concertations et de participations avec l'ensemble des acteurs, au service des territoires.
Pour Gaston Berger, le père de la prospective en France, la prospective consiste à « regarder loin, large, profond, et à penser à l'homme ! ». Ces dimensions sont aujourd'hui très clairement au c½ur de la recherche d'un développement durable, ou plutôt « soutenable » comme l'indique peut-être avec plus de précision l'expression anglaise de « sustainable development ».
Et de fait, la prospective stratégique - dans son approche, dans ses méthodes concrètes et dans sa pratique, notamment participative - est un outil particulièrement approprié pour penser et conduire le développement durable d'un territoire. Elle permet en effet de développer :
- une vision systémique, multidimensionnelle, qui est nécessaire au c½ur de la réflexion sur les territoires, qui concerne les interfaces entre les hommes, leurs activités et le contexte sociétal et physique dans lequel ils vivent et opèrent ;
- la prise en compte du moyen et du long terme, qui est de fait aujourd'hui partie intégrante d'un développement durable des territoires ;
- la prise en compte effective des incertitudes et des ruptures, laquelle doit naturellement faire partie d'une réflexion sur le développement durable d'un territoire ;
- enfin, l'intégration de multiples regards ou savoirs, ainsi que la représentation de divers acteurs, de diverses légitimités, qui sont aujourd'hui essentielles, qui favorisent et rendent possibles les arbitrages complexes, lesquels restent dans ce domaine largement politiques, au sens le plus noble du terme.
Dans ce cadre général des préoccupations croissantes en matière de développement durable, la prospective stratégique met les territoires en position de mieux anticiper les enjeux auxquels ils pourront être confrontés demain, que ces enjeux résultent de la transformation des activités économiques sur des marchés de plus en plus concurrentiels, de la dégradation de l'environnement, de l'évolution des attentes sociétales ou des réglementations, ou de la confrontation des points de vue et des intérêts des différents acteurs.
La prospective stratégique, pratiquée collectivement par les acteurs publics et privés, a d'abord pour résultat de construire concrètement « le sens du développement durable » pour leur avenir, en identifiant les sujets clés qui conditionnent l'avenir d'un territoire. Elle contribue ainsi à créer un langage de réflexion commun, la prise en compte de facteurs nouveaux, mais aussi la découverte de pistes d'innovations nouvelles dans de multiples domaines.
Cette approche permet enfin très concrètement - et c'est bien là l'essentiel - l'élaboration d'un projet territorial renouvelé, plus pertinent, plus prospectif. Elle contribue à la définition de politiques, de programmes et de projets publics et collectifs, en cohérence stratégique avec les acteurs privés - entreprises comme particuliers - qui peuvent également développer leurs propres projets et construire ainsi leur propre futur.
L'enseignement de Pierre Chapuy est accessible en formation ouverte à distance (FOD). Il s'inscrit également dans le « Master prospective, stratégie et organisation (voie professionnelle) ».
Programme des cours et des enseignements sur le site du Lipsor, www.laprospective.fr/
Renseignements : 01 40 27 25 30,
sec.prospective@cnam.fr.
À lire
« La boîte à outils de la ville durable » un ouvrage de Territorial Éditions. Sommaire et commande sur http://librairie.territorial.fr rubrique « classeurs »
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