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Le libéralisme : entre idéologie et réalisme

Idées

La récente biographie de Tocqueville réalisée par Lucien Jaume offre une belle opportunité de revenir sur le libéralisme. Ce concept est de ceux qui font mode à toutes les époques et jouissent des honneurs de l'exagération.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 366 (1er octobre 2008)


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La récente biographie de Tocqueville réalisée par Lucien Jaume offre une belle opportunité de revenir sur le libéralisme. Ce concept est de ceux qui font mode à toutes les époques et jouissent des honneurs de l'exagération.


Tocqueville insiste sur la montée en puissance de la société civile, la dissémination des groupes identitaires qui ­introduisent vis-à-vis de l'État traditionnel une compétition de légitimité. L'opinion ouvre ainsi à la société des moyens d'une ­revanche sur l'État et les gouvernements.

Tocquevillle pense, comme Montesquieu, son maître , qu'un ouvrage n'est pas seulement conçu pour faire lire, mais surtout pour faire penser. C'est l'esprit de cet article, qui traite du libéralisme. Il est en effet des mots qui font mode à toutes les époques et qui jouissent des honneurs de l'exagération. Il a ainsi suffi qu'un candidat sérieux à la direction du PS l'évoque pour que les éditorialistes redécouvrent les ambiguïtés du mot et se complaisent à en évoquer les différentes significations. En particulier en rappelant son double versant politique et économique.


Le produit de l'émancipation


Il est à la fois le résultat d'une émancipation de la société par rapport à l'Église, puis des ­individus par rapport à l'État. Il affiche d'abord la prééminence de l'autorité temporelle sur l'autorité spirituelle, puis il défend la liberté et les droits de l'homme face au pouvoir politique. Comme le dit le philosophe Jean-Pierre Dupuy, il participe du mouvement visant à libérer le social de toute transcendance religieuse et l'individu de la totalité de la transcendance sociale. En d'autres termes, le ­libéralisme ne saurait se contenter de renforcer l'État par rapport au poids du religieux, car il lui faut aussi le dissocier de la société civile afin de garantir les droits des individus. Dans le registre politique, il s'agit du principe fondateur de la limitation du pouvoir dont Montesquieu fut le premier théoricien. Deux conceptions de la liberté se sont ainsi fait jour. Celle de la participation au pouvoir et celle de la résistance des ­citoyens au pouvoir (à l'image du philosophe Alain). Selon les opinions, le bon ­libéralisme, c'est défendre un État minimal cantonné à ses tâches régaliennes stricto sensu. Pour d'autres, notamment la gauche, l'État doit dépasser son rôle de régulateur pour être acteur chaque fois que l'intérêt ­général le commande.


Le libéralisme, ou comment concilier


En effet, les libéraux n'ont jamais constitué une famille politique unie. Les sensibilités sont nombreuses, du conservatisme au néolibéralisme et au social-libéralisme. Si l'influence du monde anglo-saxon explique l'évolution vers toujours plus de dérégulation, il faut ­reconnaître cependant que les dégâts produits par la mondialisation conduisent de nombreux dirigeants libéraux à plaider pour des mécanismes et des instances de pilotage qui renforcent la solidarité internationale. D'au­tant que certains, en favorisant systématiquement la liberté, oublient les valeurs de justice et de solidarité qui ont toutes deux leur place dans une société où les attentes de nos concitoyens sont souvent contradictoires. Au fond, si le libéralisme politique appartient aux valeurs fondatrices, le libéralisme économique, lui, manque cruellement d'assises pour une construction durable et consensuelle.


Mais par quel modèle le remplacer ?


Extraits

« Le succès d'un livre est bien plus dans les pensées qu'avait déjà le lecteur que dans celles que l'écrivain exprime. »

« Il n'y a pas de vie sociale sans un certain nombre d'idées communes qui s'imposent à chacun. »

« Le lien social se définit par la force de certains contenus (opinions, croyances, doctrines) plus que par les vecteurs institutionnels de ces contenus ! »

Tocqueville,
Lucien Jaume, Éditions Fayard.
Retrouvez des extraits de cet ouvrage sur le complément rédactionnel n° 867.