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Déficit de confiance : le malaise français...

Idées

La question de la confiance serait au centre des enjeux, en matière de management comme de gouvernance. Pour la restaurer, il faut construire une alternative, autour de l'universalisme et du dialogue social.

La Lettre du Cadre Territorial numéro 365 (15 septembre 2008)

Un article de M Roger Morin


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Extraits de l'ouvrage " La société de défiance"

« Ici plus qu'ailleurs, on se méfie de ses concitoyens, des pouvoirs publics et du marché »


« La défiance et l'incivisme sont alimentés par le corporatisme et l'étatisme du modèle social français »


« Il faut développer des politiques fondées sur l'universalisme, donnant les mêmes droits et avantages à tous »

Ce livre est dans la droite ligne de la thèse de Thomas Philippon dans « Le capitalisme d'héritiers ». Même ­méthodologie, inhabituelle chez nous : le recours massif à des études internationales d'opinion sur les attitudes et comportements. Même constat : une forte singularité française quant à la qualité des relations ­entre individus et groupes sociaux.

La société de défiance - Comment le modèle social français s'autodétruit,
Yann Algan et Pierre Cahuc
Éditions Rue d'ULM


Un enjeu central

Dans les deux cas, les comparaisons ne sont pas à notre avantage sur le déficit de confiance dans les ­relations de travail. Y. Algan et P. Cahuc montrent qu'un problème du même ordre se pose dans l'ensemble de la vie collective.

Dans les classements effectués à partir d'indicateurs comme la confiance à l'égard d'autrui, de la justice, du parlement, des syndicats, des employeurs, la France est systématiquement en bas de tableau, très loin notamment des pays nordiques. Mêmes résultats pour le civisme : notre opinion est la plus complaisante quant à la fraude fiscale, la triche dans l'utilisation des aides ­publiques, la resquille dans les transports...

Comment rendre compte de cette singularité ? La réponse proposée ici l'impute à deux traits marquants de notre modèle ­social : étatisme et corporatisme. L'un et l'autre sont au c½ur des dispositifs qui ­régissent notre vie collective depuis la ­Libération. L'omniprésence de la réglementation, qui caractérise l'étatisme, engendre l'irresponsabilité par rapport au bien commun. L'attribution des droits sur la base des statuts professionnels alimente les inégalités et la suspicion des catégories entre elles.

On peut bien sûr discuter la question de ­savoir où commence le cercle vicieux. La thèse selon laquelle l'histoire débute à la ­Libération, du fait des choix dirigistes et corporatistes faits à l'époque, est discutable. Peut-être ces choix sont-ils eux-mêmes la conséquence d'un déficit de capacité de la société française à s'autoréguler qui viendrait de plus loin dans notre histoire ?


Les jalons d'une alternative

Cette objection ne dispense toutefois pas de réfléchir à la question posée dans ce livre. D’autant qu’il ne se borne pas à déplorer le déficit de confiance qu’il met en évidence. Ils posent aussi les jalons d’une alternative, ­autour de deux mots-clés : universalisme et dialogue social.

La recherche de l’universalisme dans la ­redéfinition des droits sociaux conduirait à asseoir les droits sur les situations particulières, notamment les statuts professionnels. Les pays nordiques montrent comment l’octroi des mêmes droits à tous, sur la base de la citoyenneté, favorise à la fois la ­réduction des inégalités et la transparence et assèche les sources de défiance d’un groupe à l’autre.

Le recours au dialogue social, plutôt qu’à l’État, pour la refondation de notre modèle social aurait le même mérite : accroître la confiance des acteurs sociaux en eux-mêmes et en leur capacité à produire ensemble des biens communs. C’est dans cet esprit qu’ils proposent d’aborder trois chantiers cruciaux : le salaire minimum, le temps de
travail et la sécurisation des parcours professionnels.