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L'interview d'Edith Arnoult-Brill

• Quel bilan tirez-vous de cette audition des candidats à l'élection présidentielle par le CPCA ?

La participation des cinq candidates et candidats invités dont quatre en personne est déjà en soi un résultat positif. La question de l'engagement est de loin la plus consensuelle. C'est d'ailleurs celle qui a été la plus développée. La nécessité de valoriser le parcours d'engagement bénévole ou volontaire via le service civique notamment a largement été soulignée. Il reste cependant pour les associations nécessaire de se montrer exemplaires dans la mise en oeuvre du service civique sur des missions d'intérêt général. Il s'agit là d'un enjeu majeur pour réaffirmer et convaincre le Politique que le service civique n'est pas un mode de financement mais bien une politique de soutien à l'engagement porteur de valeurs citoyennes utile à la société comme aux personnes qui s'engagent.

Dans un contexte de crise l'analyse et les propositions en matière de financement de la vie associative ont été plus contrastées. Néanmoins, la fiscalité attachée aux dons a été majoritairement relevée comme un moyen indispensable à préserver parallèlement au fait que les financements publics devaient être sécurisés par une politique contractuelle.

Il est dommage que les candidates et les candidats n'aient pas davantage saisi l'occasion de traiter le dialogue civil comme l'un des instruments d'une nouvelle gouvernance démocratique. Cela aurait été pour eux une opportunité de développer leur point de vue sur la place et le rôle de la vie associative dans la société contemporaine en les reliant à leur projet de société. Là était la dimension la plus politique du débat. Néanmoins, face à l'actualité, ils se sont exprimés de manière très différente sur les corps intermédiaires révélant malgré tout majoritairement l'importance du sujet et la nécessité de l'approfondir en appuyant la démarche sur l'intérêt général.

Corps intermédiaires ou composantes de la société civile organisée, il y a derrière cette même notion une réalité : celle d'un ensemble dynamique impliquant mouvement et initiative, d'un système de valeurs appuyé sur les principes d'autonomie, de participation, d'engagement et de solidarité. La société civile organisée c'est aussi une capacité à prendre la parole, à intervenir sur une réalité sociale, à introduire dans le débat la connaissance lié à l'expérience. Son mode d'intervention dans la construction des politiques publiques n'est ni plus ni moins qu'une forme avancée de démocratie participative. C'est bien ce qui justifie une parole forte de la part du politique sur le sujet.



Quelles sont les premières mesures que devra prendre le nouveau président en matière de vie associative ?

C'est d'une véritable politique publique dont le secteur associatif a besoin. Il faut la définir en l'inscrivant dans la durée et la mettre en oeuvre dès mai 2012 en l'appuyant sur un dispositif gouvernemental rénové, fondé sur une organisation interministérielle garante de la transversalité du dossier. Donner du sens à l'intervention de l'Etat, c'est aussi ouvrir des pistes pour conforter des politiques publiques ambitieuses en matière de vie associative sur les territoires.

Le lancement d'une politique en faveur du développement de la vie associative construite à partir d'une approche globale aurait le mérite d'assembler des mesures  de différente nature - bénévolat, financement, fiscalité, innovation sociale, SSIG.....- à partir d'une vision fondée sur les spécificités, l'identité du modèle associatif et sa place singulière dans la société. Ce serait une façon de porter un nouveau regard sur les fonctions de cette composante de la société civile organisée, fondée sur l'engagement des citoyens mais aussi sur la production de richesses non lucratives à forte plus value sociétale.



Quels défis va devoir relever la vie associative ces prochaines années ?

L'une des difficultés à considérer à moyen terme est probablement la question du financement. Néanmoins l'évolution des formes d'engagements constitue l'une des mutations les plus significatives qui devrait conduire les associations à repenser leur mode d'intervention. Car si la participation est au coeur de la démarche associative, l'usage et le rôle des réseaux sociaux, instrument de la mobilisation modifie les comportements. Cette nouvelle donne appelle à des transformations profondes notamment vis-à-vis des publics et des usagers à qui les associations destinent leur mission et leurs activités.

Mais peut-être que le défi à relever sur le fond se situe dans le champ des questions de société que traitent les associations. C'est là qu'elles devraient investir pour refonder leur légitimité. Là où elles ont toujours anticipé sur le Politique dans la réponse à la demande sociale prise au sens large, sans nécessairement construire une parole collective audible. Cette difficulté va à l'encontre de la qualité de l'exercice et de la reconnaissance de la fonction de représentation d'un secteur d'activité humaine trop souvent considéré comme un supplétif de la puissance publique. Il faut atteindre l'objectif pour faire progresser l'organisation du dialogue civil.